Les incubateurs à impact au service de l’innovation sociale

43% des jeunes de 18 à 24 ans sont intéressés par l’idée de créer une entreprise sociale[1]. Un signe qui démontre que les structures à impact social ou environnemental ne sont plus une tendance, mais un pan entier de notre tissu économique.

 

Signe de cet engouement pour l’impact ? L’émergence de fonds d’investissements dédiés aux structures qui mettent le social et l’environnement au cœur de leurs préoccupations. Un signal d’autant plus fort que si beaucoup de ces structures à impact sont lucratives, l’atteinte de leur objectif social (solutions pour limiter le changement climatique, lutte contre la pauvreté, accès à l’éducation, inclusion sociale, etc.) vient parfois limiter leur profitabilité.

 

Et pour accompagner, structurer mais surtout faire émerger ces structures, la France peut s’appuyer sur la volonté de sa jeunesse, sur des acteurs financiers qui sont concernés, sur un tissu économique qui arrive à maturité… mais aussi sur un important maillage territorial d’incubateurs spécialisés sur les problématiques à impact et qui permettent à ces structures d’émerger dans de bonnes conditions.

 

La France porte un fort réseau d’incubateurs à impact

 

Les incubateurs de startup émergent sur le territoire français à la fin des années 1990 au moment de l’éclosion d’Internet. Le concept se développe surtout à partir de 1999 grâce à la Loi Allègre sur l’innovation et la recherche. Très vite, des incubateurs spécialisés dans l’économie sociale et solidaire se créent dans la foulée. C’est par exemple le cas des Ecossolies (2002), ou encore de l’incubateur Antropia de l’Essec (2005). Aujourd’hui, la France compte un réseau très complet de structures d’accompagnement pour les entreprises à impact. Sur environ 220 incubateurs, on en dénombre plus de 50 dédiés à l’impact sur le territoire (55 selon la cartographie du mouvement Tech for Good France[2]). Les plus connus sont La Ruche, Make Sense, Bond’Innov, Ronalpia ou encore Le Comptoir (structure du groupe SOS).

 

Quel objectif pour ces acteurs ?

 

Favoriser l’émergence, la consolidation et le développement des structures à vocation sociale en France. Elles sont portées par des agences de développement économique, des technopoles, des écoles de commerces ou d’ingénieurs, ou bien par des acteurs privés. En tant que structures d’accompagnement de projets de création d’entreprises, les incubateurs à impact positif fournissent aux porteurs de projets un véritable appui en matière d’hébergement, de conseil et de financement (mentoring, formations, mise en réseaux, accompagnement juridique, aide à la création de business plan, etc.).

 

Pourquoi des incubateurs spécialisés sur l’impact ?

 

La particularité de ces incubateurs réside dans le fait que l’entrepreneuriat social, comme la Tech for Good ou les autres sujets liés à l’impact positif nécessitent un accompagnement cohérent avec les réalités économiques de ce marché.

C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le choix de sa structure juridique, la recherche de financements et le dialogue avec les investisseurs.

 

Il s’agit aussi d’accompagner les entrepreneurs dans la réflexion autour de leur raison d’être et de l’impact porté par leurs idées de projets. Trouver la meilleure manière d’allier développement économique et développement de l’impact est un enjeu de taille pour l’entrepreneur social.

Si la plupart des incubateurs sensibilisent à la gestion et à la communication de l’impact, la mise en pratique n’est ensuite pas toujours aisée pour les porteurs de projets qui sont confrontés à un cruel manque de temps et d’outils.

 

D’autre part, les incubateurs spécialisés dans l’impact permettent une mise en réseau avec le tissu économique local et la collaboration avec d’autres entreprises de l’innovation sociale (mais pas uniquement) afin de faciliter la mise en réseau et les synergies. Ainsi, l’incubateur Antropia, par exemple, s’appuie sur presque 80 partenaires afin d’aider ses jeunes pousses : on y retrouve des acteurs de la finance, des grands groupes, d’autres incubateurs et accélérateurs à impact (Makesense, Ronalpia) ainsi que des associations comme la fédération des entreprises d’insertion ou encore l’alliance des avocats pour les droits de l’homme.

 

Le programme 1KImpact du réseau 1Kubator s’appuie également sur ce type de partenariats avec des acteurs comme BNP Paribas, Lita.co et Impact Track pour la mesure d’impact social et environnemental.

 

Comment intégrer les incubateurs à impact ?

 

La plupart des incubateurs sélectionnent des projets ante-création, c’est à dire qui sont encore au stade de l’idée. Mais de plus en plus de structures proposent différents programmes afin d’accompagner les entrepreneurs dans leurs différentes phases (de l’idée à la première levée de fonds voire au changement d’échelle). Leur fonctionnement est généralement le même, bien que le modèle économique puisse varier.

 

Certains incubateurs sont ainsi gratuits, d’autres payants. Certains sont plus ou moins engagés dans la réussite de leurs pépites. Chez 1Kubator (1KImpact), une prise de participation s’effectue par exemple auprès de chaque start up accompagnée. Un support dont nous avons bénéficié, par exemple, chez Impact Track.

 

La différence entre les programmes se fait aussi sur la durée, entre des programmes “courts” de quelques semaines à des programmes plus complets sur 9 mois ou 1 an. C’est ensuite sur l’ancrage local – ou non – qu’une distinction s’effectue. Enfin, il existe des programmes plus ou moins spécialisés dans certains domaines : Tech for Good, Greentech, solidarité, mixité, économie circulaire, etc.

 

Quels exemples d’incubateurs à impact ?

Cartographie des accélérateurs et incubateurs à impact par TechForGoodFrance

Extrait de la « cartographie de l’écosystème » par Tech For Good France

 

Parmi les incubateurs à impact connus, on peut notamment citer :

Les Ecossolies : basé à Nantes, Les Ecossolies est l’un des pionniers en matière d’accompagnement de projets pour l’ESS. Leurs programmes d’incubation, d’une durée de 1 à 2 ans, s’adressent aux porteurs de projet, entreprises & collectifs souhaitant développer un nouveau projet ou une nouvelle activité à finalité sociale.

 

Makesense : Makesense propose un incubateur avec plusieurs programmes d’accompagnement pour les entreprises à impact en fonction de leur maturité : un programme d’idéation, un programme de premiers pas et deux programmes d’incubation de 6 mois et 1 an.

 

Antropia (Essec) : Antropia est le premier incubateur d’entreprises sociales français à avoir été porté par une école de commerce, en l’occurrence l’ESSEC. Elle compte quelques belles réussites dans son portfolio (Phénix, Poiscaille, Latitudes). Antropia accompagne une trentaine d’entrepreneurs sociaux chaque année à travers 3 programmes : Shake Up (6 mois), Start Up (12 mois) et Scale Up (12 mois).

 

Ronalpia : Créé en 2013, Ronalpia accompagne des entrepreneurs sociaux à fort potentiel d’impact dans leur lancement en Auvergne Rhône-Alpes. Misant sur l’ancrage local, l’incubateur intervient à travers 4 antennes physiques (Lyon, Grenoble, Saint-Etienne et dans l’Ain)  avec un programme d’incubation (9 mois), et un programme d’accélération (9 mois, pour des projets qui ont 2 ans d’existence).

 

Évidemment, d’autres structures sont à mettre en avant (La Ruche, Paris&Co, Katapult, Singa, , etc.). Si la France commence à voir émerger de véritables champions de l’impact positif comme Phenix, Simplon, Castalie ou Microdon, ces incubateurs spécialisés n’y sont pas pour rien.

Pour terminer, il faut se féliciter que le sujet de l’impact prenne une forte dimension ces derniers temps. Mais si beaucoup d’entreprises s’y rattachent de par leur raison d’être, il faut rester prudent quant à l’impact réel qui en découle. C’est la raison pour laquelle nous devons continuer de soutenir les initiatives qui permettent de mesurer, d’optimiser et d’améliorer cette facette de notre économie et de notre société.

 

Mais une chose est sûre, nous sommes sur la bonne voie !

 

Cet article a été rédigé en partenariat avec Les Horizons, média d’intelligence écologique

 

[1] Baromètre de l’entrepreneuriat social – 2019

[2] Tech For Good France

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