Qui sont vraiment les bénéficiaires de la loi DALO ? Les résultats inattendus d’une mesure d’impact

Interview

Depuis 2015, l’Association DALO se bat pour promouvoir et défendre le droit à un logement pour tous. À travers sa permanence juridique parisienne, elle accompagne des centaines de personnes mal logées dans leurs recours. Pour les 7 ans d’existence de la permanence, la structure a souhaité sortir du flou et mesurer l’impact réel de son action. Rencontre avec Carole, qui nous explique comment cette démarche a transformé leur plaidoyer en un outil de communication puissant et humain. 

Pouvez-vous nous présenter le projet qui a fait l’objet de cette mesure d’impact ? 

L’association DALO existe depuis 2015. Notre raison d’être est de promouvoir et défendre le droit à un logement pour tous et pour toutes. Depuis 2018, nous pilotons une permanence inter-associative d'accès au droit à Paris. Elle s’adresse aux personnes mal logées ou sans logement qui sont éligibles à la loi DALO de 2007. 

Concrètement, l’État a une obligation de reloger ces personnes dans un délai court, entre 3 et 6 mois. Notre permanence permet à ces personnes de faire valoir leurs droits en justice lorsqu'elles ne sont pas relogées par l'État. Nous avons une permanence téléphonique et, si un recours est possible, des bénévoles juristes accueillent les personnes pour rédiger les recours ou les orienter vers un avocat. 

Quel a été le déclic pour lancer cette démarche de mesure d’impact ? 

En réalité, nous n'avions jamais eu la possibilité ni pris le temps d'interroger les bénéficiaires sur le long terme. Nous nous sommes rendu compte que cela faisait 7 ans que cette permanence existait et que nous n’avions pas de visibilité sur l'impact en dehors des relogements qui nous remontaient ponctuellement. Nous avons vraiment ressenti le besoin de « prendre de la hauteur » et du recul sur notre accompagnement pour en mesurer à la fois les atouts et aussi les faiblesses, et l'améliorer. 

Le vrai déclic a été quand l'un de nos financeurs nous a proposé de financer cette enquête. Nous n’avions pas forcément le budget pour cela, et pour être honnête, nous n'avions même pas réellement connaissance de la notion de mesure d'impact. On a aussi découvert ce que ça voulait dire à cette occasion. 

Comment vous êtes-vous organisés en interne pour mener ce projet ? 

Nous sommes une toute petite association avec seulement 3 salariés. Nous avons mobilisé deux salariées pour définir le projet, la théorie du changement et les indicateurs avec Impact Track. Pour la collecte de données, nous avons eu la chance d’avoir un volontaire en service civique qui a pu prendre en charge une grande partie de l'envoi des questionnaires. 

C’était un travail titanesque : nous avons interrogé plus de 1 300 personnes par mail et SMS. Les bénévoles qui reçoivent les gens en direct ont aussi été essentiels pour sensibiliser les personnes « à chaud ». Au total, la démarche a duré presque un an. Pour l’analyse finale et la communication, nous avons sollicité un complément d'accompagnement d'Impact Track, financé en partie par notre organisme de formation. 

Quels enseignements tirez-vous de vos résultats ? Y a-t-il eu des surprises ? 

Nous avons été assez impressionnés par les retours positifs et le taux de satisfaction. Mais ce qui est très instructif, c’est que l'enquête nous permet d'appuyer un certain nombre de choses avec des chiffres solides pour lutter contre les idées reçues. 

Par exemple, on entend souvent que les personnes accompagnées sont des « assistés » qui vivent des aides sociales. Or, l'étude a révélé que la grande majorité sont des personnes actives qui ont des revenus. On a aussi découvert un grand nombre de retraités et de personnes en situation de handicap. Cela nous permet d'avoir un profil beaucoup plus précis et de faire évoluer l'image des personnes que nous accompagnons auprès du public et des financeurs. 

Justement, comment comptez-vous utiliser cette mesure d’impact pour votre plaidoyer ? 

La mesure d'impact est vraiment un outil de communication très fiable pour faire connaître l'impact de notre action auprès des nouveaux financeurs, mais aussi pour fidéliser nos partenaires actuels. Présenter nos résultats sous la forme d'une mesure d'impact, c'est beaucoup plus parlant que de simples rapports d'activité. Nous avons même décidé de mettre plus en avant les témoignages et « l’humain ». Avant, notre plaidoyer était très politique et axé sur des mesures générales. La mesure d'impact nous a incités à « incarner » notre discours de manière plus humaine. Nous avons publié les résultats sur notre site le 5 mars dernier, en même temps que le lancement de notre campagne de plaidoyer pour le droit au logement (à l’occasion des 20 ans de la loi DALO ndlr), pour donner du concret à notre manifeste. 

Quels sont vos prochains défis suite à cette étude ? 

Notre grand défi, c’est l'essaimage. On sait qu'il y a 16 000 prioritaires DALO non relogés à Paris et nous ne pouvons en recevoir que 800 par an. Nous ne pouvons pas répondre à toute la demande. L'idée est donc de dupliquer notre modèle de permanence. Grâce à la mesure d'impact, nous pouvons démontrer l'intérêt de ce type de structure à d'autres associations ou collectivités dans d'autres villes comme Lyon ou Marseille. On veut créer un « kit de création » pour dire : « Regardez, notre permanence fonctionne, voilà les résultats, créez la vôtre et on va vous aider ». 

Auriez-vous un conseil ou une bonne pratique pour une structure qui hésite à se lancer ? 

La mesure d'impact est un révélateur. Pour une petite structure comme la nôtre qui n'a pas de chargé de communication, cela apporte un outil vraiment intéressant. Ma bonne pratique, c’est de motiver les bénévoles dès le départ pour la collecte de données. Ce n'est pas évident pour eux car ils viennent pour le juridique, mais il faut leur expliquer que c'est important de rappeler systématiquement aux gens de répondre à l'enquête. Faire appel à « l’humain » pour expliquer la démarche aux bénéficiaires, c’est ce qui permet d’avoir de bons taux de retour. 

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